Alabama Song, Gilles Leroy

Alabama Song, Gilles Leroy

 ♪ ♫ Well, show me the way 
To the next whisky bar
Oh, don't ask why …  ♪ ♫

Pour moi, Alabama Song, ça a toujours été ça, la chanson de Bertold Brecht, et j’ai en tête la version où Jim Morrison semble avoir tellement soif d’une manière tellement sexy… Rhââââ lovely !

Or il se trouve que c’est également le titre de cette autobiographie fictive de Zelda Fitzgerald, la femme de Gatsby le Magnifique, celle pour qui Tendre est la nuit. Enfin ça c’est pour les apparences, parce que quand on gratte le vernis (pas besoin de gratter très fort d’ailleurs) on découvre que le Magnifique peut être un salopard et que ni la nuit ni le jour n’ont été tendres avec Zelda. Enfin c’est ce qu’elle dit.
Parce que dans ces histoires de couples c’est très difficile de savoir qui a raison et qui a tort, qui est coupable et qui est innocent, c’est souvent les deux pour les deux, soyons honnête. Aussi, je ne me prononcerai pas là-dessus, de toutes manières on sait bien que la vie n’est que désillusions, à chacun les siennes (et on ne peut pas toujours faire porter le chapeau à un autre).

Ce qu’on peut dire, c’est que ces deux là - Francis Scott et Zelda - se sont bien trouvés, ils ont formé le couple emblématique de leur époque et ils ont contribué tous les deux au succès de l’entreprise Fitzgerald. Oui, l’entreprise, parce que finalement leur union relevait davantage d’une convergence d’intérêts que d’une folle passion amoureuse. Enfin c'est ce qu'on peut lire entre les lignes.
Lui, à la base, avait tout d’un looser, enfin disons qu’il n’était pas taillé pour réussir dans la société de l’époque. Elle, Zelda (j’aime beaucoup ce prénom), avait tout pour elle, au contraire : belle parmi les belles du sud, audacieuse, pleine d’esprit, elle est toujours au centre de l'attention. Elle est la première “garçonne”, c'est une lanceuse de tendance comme on dit de nos jours.
Sauf que c'est ça le problème : elle n'est pas “de nos jours” et à son époque, surtout au fin fond de l’Alabama, le cœur de Dixie, être une femme de la bonne société vous autorise tout juste à faire un bon mariage et à pondre la descendance. Zelda ne veut pas de cette vie, elle a des rêves, des passions, la danse, la peinture, l'écriture, elle veut vivre, être libre, s'amuser voire s'étourdir...
Elle a donc besoin de Scott : en se mariant avec lui elle espère se libérer de sa condition. Et lui, il a besoin d'elle parce qu'elle est brillante, tellement vivante, et que rien ne lui résiste. Elle sera sa muse et parfois plus puisqu'il va lui voler des passages de ses écrits pour les intégrer dans ses romans. De toute manières, écrire c'est pas un métier de femme (vous voyez, elle est née trop tôt). 
Pendant un temps, cette association fonctionne plutôt bien -  ils sont jeunes beaux riches et célèbres - mais ils sont bien vite rattrapés par la patrouille. Génération perdue. C'est comme ça qu'on dit, et ça leur va bien. Dans la réalité, comme dans les romans de Fitzgerald, à un moment donné la fête se termine et il ne reste plus qu'à boire les confettis au fond du verre de champagne tiède. Oh oui, poOouah, c'est vraiment pas bon !

Donc voilà, Gilles Leroy nous raconte la vie de ces deux papillons qui vont se brûler les ailes sous les projecteurs - et il le fait bien. On se doutait déjà que Gatsby n'était pas totalement inventé (ni totalement magnifique), maintenant on en est sûr...

Je finirai en chanson - même si ce n’est pas tellement du whisky que l’on boit dans ces années folles - la mode est aux cocktails, Cuba Libre, Bloody Mary ou Side-Car - mais qu'importe après tout, quand la coupe est pleine il faut la boire.

 ♪ ♫ Oh, moon of Alabama 
We now must say goodbye 
We've lost our good old mama 
And must have whisky, oh, you know why  ♪ ♫

PS : ce livre m’a donné envie de lire le seul roman signé par Zelda, Accordez moi cette valse, et je la lui accorderai volontiers.

Une p'tite phrase au hasard : 

" On dit que ma folie nous a séparés. Je sais que c'est juste l'inverse : notre folie nous unissait. C'est la lucidité qui sépare."

Quatrième de couverture : Alabama, 1918. Quand Zelda, «Belle du Sud», rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes… Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister… Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand «roman américain».

F. Scott et Zelda Fitzgerald

Commentaires

  1. Je veux bien un Cuba Libre... Tiens aucune idée de ce que peut-être un side-car ?

    Et quand la coupe est vide, il faut remplir la coupe...

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    1. 2 cl de cointreau, 5 cl de cognac et 2 cl de jus de citron. Voilà un side-car. Sinon, question coupe, j'ai le sentiment de pouvoir te faire confiance ;)

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