Il reste la poussière, Sandrine Collette

Il reste la poussière, Sandrine Collette

La mère est une éleveuse. De bœufs. De moutons. Et de fils. Elle est sèche et rude avec tout le monde, et plus particulièrement encore avec eux, ses fils. C'est clair, les bêtes sont mieux traitées, au moins on se préoccupe de leurs besoins.
De mère, elle ne porte que le nom, qu'on se le dise. Va falloir faire avec, de toutes manières on n'a pas le choix, de mère, on en a qu'une, d'enfance aussi et de vie n'en parlons même pas. Pour elle, les fils sont des forces de travail qu’on ne paye pas, point barre. Les bêtes sont plus importantes, au moins on peut les vendre, pour la viande ou la fourrure….Tsss tssss, quelle mauvaise langue je suis ! Les fils aussi on peut les vendre, ou plutôt les jouer - et les perdre - au poker (si si, je vous assure).

Sans amour, sans joie, bon an mal an, les fils grandissent tout de même - la mauvaise herbe est coriace. Ils grandissent comme une meute, dans la rivalité et la violence. En même temps, que pouvaient-ils faire d'autre ? On ne dira jamais assez l’influence de l’environnement sur l’évolution et au final on n’a pas d’autre modèle que le sien, surtout quand on ne connaît que cette estancia branlante perdue au milieu de la pampa patagonienne, vous voyez le tableau ? Une immense étendue désolée, aride et sèche, balayée par les vents avec des virevoltants qui tournicotent à droite à gauche (virevoltant ou tumbleweed en anglais, ces fameuses petites boules d’herbes sèches qu’on retrouve dans tout western qui se respecte). Bref, un cadre de vie épanouissant qui vous façonne des hommes, des vrais. Caramba !

Cependant (et c’est ça qui est intéressant dans la vie), comme toutes les règles, la sociologie environnementale a ses limites et ses exceptions. Ici, l’exception s’appelle Rafael. Cet enfant est un véritable ovni dans la fratrie, si on ne l’avait pas vu sortir d’entre les cuisses de la mère (façon de parler, j’extrapole pour la beauté du truc) on aurait pu croire que c’était une sorte de Moïse trouvé dans un panier au milieu des herbes folles. Mais non, c’est bien l’un des fils. Le dernier. Et il est différent, il est solaire, à tel point que dès sa naissance ses aînés le prennent en grippe tant ils craignent que ce petit rayon de soleil ne leur fasse de l’ombre. Enfin c'est ce que je me dis, peut-être qu’ils avaient juste envie de taper sur quelqu’un, et - comme chacun sait - c’est bien plus simple de prendre le plus petit pour ça. 

Quoi qu’il en soit, Rafael encaisse mais ne se démonte pas. Miraculeusement il parvient même à découvrir tout seul le concept d’amour (un ovni je vous dis). Comme quoi dans ce monde désespérant tout peut arriver, même le plus étrange, même le plus improbable, et ça c’est plutôt une bonne nouvelle. Qu’est-ce qu’on s'emmerderait si tout était joué d’avance, on est tous d'accord non ?

Voilà, je ne vais pas en dire plus, si vous voulez savoir comment Ma Dalton peut produire à la fois un bon, des brutes et des truands je vous invite à lire ce roman.
Sandrine Collette a réussi à nous servir un huis-clos oppressant au milieu de ces grands espaces, belle pirouette. Et c'est vrai, qui peut en douter, de toutes façons à la fin il ne reste que la poussière...


Une p'tite phrase au hasard : 

" La vie n'attend pas qu'on ait envie d'y mettre les mains."


Quatrième de couverture : Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux. Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien. Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille ?

Il reste la poussière, Sandrine Collette

Commentaires

  1. La Patagonie, oui... J'achète de suite... ou presque, en livre, je vise les occasions.
    Par contre, j'ai du mal à m'intéresser foncièrement aux histoires de Sandrine Collette.
    Même adepte des huis-clos, je n'ai pas plus que ça été emballé par son premier, "Des nœuds d'acier", encore moins par sa virée dans les vignobles de Champagne dans "Un vent de cendres".
    Alors je suis guère pressé de retourner lire l'auteure, par contre, la Patagonie... peut-être est-ce juste cette Patagonie qui me donnera le souffle suffisant pour avoir envie de m'y replonger...

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    1. Je n'ai encore rien lu d'autre de la dame, ce roman-ci n'est pas renversant, mais il a le mérite en effet d'être Patagonien. Enfin, franco-patagonien allons-nous dire, car après tout qui sait si elle y a un jour mis les pieds ? D'ailleurs le décor est tellement vide que ça pourrait se passer dans n'importe quel tr*** ** *** du monde, ça ne changerait rien. Du coup, au final, si c'est la Patagonie que tu cherches, tu peux aussi bien passer ton chemin...
      Pour ma part je ne vais pas me dépêcher de lire d'autres Collette, les sujets ne m'attirent pas.

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    2. Ce sera mon premier Sandrine Collette. J'ai accroché sur le thème. Ses autres romans ne m'attirent pas!

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  2. Superbe billet, comme d'hab. Superbe photo. Il est dans ma pal. Ne reste plus qu'à l'en sortir!

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    1. Merci Marie-Claude, tu es bien gentille comme toujours. La photo n'est pas de moi, hélas ! Je me verrai bien boire du maté à cheval en regardant le soleil se lever sur la steppe...

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